Particulièrement touché par la crise sanitaire et les mesures de confinement prises contre l'épidémie de COVID-19, le secteur du tourisme s’est vu allouer le 14 mai dernier un plan de soutien de 18 Md€ par le gouvernement. Un effort « indispensable » pour Édouard Philippe alors Premier Ministre qui, suite à l’annonce de ces mesures, l’a assuré : « Le tourisme fait probablement face à la pire épreuve de son histoire moderne, alors même que c'est un des fleurons de l'économie française. Son sauvetage est donc une priorité nationale. »

Bon à savoir

En France, l’industrie du tourisme représente 7,2 % du PIB et génère environ 2 millions d’emplois directs et indirects1

Saison touristique : un bilan mitigé

Si, dans le cadre de son plan de soutien au secteur du tourisme, le gouvernement avait donné la possibilité aux Français de partir en vacances en juillet et en août, les premiers chiffres dévoilés début septembre ne sont malheureusement pas très encourageants.

À Paris, avec seulement 30 % des hôtels rouverts le 15 juillet et à peine la moitié le 15 août, l’été 2020 restera une catastrophe économique pour le secteur du tourisme. « Comme prévu, les étrangers ne sont pas venus, mais on n’imaginait pas qu’il y aurait aussi peu de Français » constate Vangelis Panayotis, le président du cabinet MKG Consulting (spécialiste du secteur de l'hôtellerie) dans un entretien accordé le 5 septembre au magazine Challenges. Résultat : l’activité touristique à Paris et sa région, avec 14 millions de touristes en moins sur les six premiers mois de l’année, accuse un manque à gagner de 6,4 milliards d’euros selon le Comité régional du tourisme (CRT) de Paris Ile-de-France.

Concernant le reste du pays, les chiffres, s’ils sont moins mauvais, n’en restent pas moins en forte baisse par rapport à l’année dernière. Selon le cabinet MKG Consulting, les hôtels français ont affiché cet été un taux d’occupation moyen de 53%, soit un recul de 30 % par rapport à 2019. Autre phénomène constaté durant cette période estivale, la baisse du panier moyen des achats des Français sur lieu de villégiature : toujours selon le cabinet MKG Consulting il se situerait aux alentours de 35 euros, soit 3 euros de moins que l’année précédente.

Conséquence, le secteur du tourisme devrait enregistrer une perte de 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires par rapport à l’année dernière.

Cafés, bars et restaurants : des protocoles sanitaires stricts

Dans le cadre de son plan de soutien au secteur du tourisme, le gouvernement avait annoncé la réouverture progressive de l’ensemble des cafés, bars et restaurants fermés administrativement dès le 15 mars 2020. Le 15 juin, tous ont pu rouvrir leurs portes. Le port du masque est obligatoire dans l’ensemble des établissements, sauf lorsqu'on est installé à table.

Mais face à l’importante propagation de la Covid19, de nouvelles mesures ont été annoncées.

Parmi elles, la fermeture totale ou partielle des cafés et des bars situés en zone d’alerte maximale (l’Ile-de-France et huit métropoles : Grenoble, Lille, Lyon, Aix Marseille, Saint-Étienne, Rouen, Montpellier et Toulouse.).

Dans un communiqué daté du 5 octobre, le gouvernement précise que « les débits de boissons (bars) et les établissements qui pratiquent la vente de boissons alcoolisées à titre principal ont l’obligation de fermer ».  En revanche, « si ces établissements proposent de la vente de boisson à titre accessoire de la restauration, alors ils peuvent rester ouverts mais sont soumis à un protocole sanitaire renforcé » poursuit le communiqué. Concrètement, les restaurateurs doivent demander à leurs clients de laisser leurs coordonnées afin d’être contactés ultérieurement en cas d'exposition au virus et mettre en place une distance de 1,5 mètre entre chaque table. Le paiement obligatoire à table est également de mise.

Quelques jours plus tard, le 16 octobre, le gouvernement a décrété l’État d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire et annoncé la mise en place de couvre-feux (de 21 h à 6 h) dans les villes situées en zone d’alerte maximale. Ce qui, de fait, impose aux restaurateurs de fermer leurs établissements aux alentours de 20h30.

Si le Parlement l'autorise, le couvre-feu, prévu pour durer au moins 4 semaines, pourra être étendu à 6 semaines (soit jusqu'au 1er décembre 2020).

Exonération totale de charges

Le 25 septembre, le ministre délégué aux PME, Alain Griset, annonçait de nouvelles aides prévues pour les entreprises frappées par une fermeture administrative ou une restriction d’ouverture. Des mesures annoncées avant la mise en place des couvre-feux et du protocole sanitaire renforcé, ce qui laisse à penser qu’elles pourront évoluer en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

Dans le détail, les entreprises fermées ou contraintes de réduire leurs horaires d’ouverture bénéficient désormais d’une suppression de leurs charges pendant la période en question. A une condition toutefois : justifier d’une perte de chiffre d’affaires supérieure à 50%.

Les autres TPE-PME constatant une baisse d’activité de plus de 50%, sans pour autant être concernées par les mesures restrictives, pourront quant à elles solliciter, au cas par cas, une remise de cotisations dues pendant la période de fermeture.

Par ailleurs, le 9 octobre, on apprenait que le plan tourisme, initialement ouvert aux CHR (pour cafés, hôtels et restaurants) ainsi qu’aux entreprises de l'événementiel, du sport et de la culturea été élargi à de nouveaux bénéficiaires qui ont une activité fortement liée au tourisme ou à l’événementiel.

Sont ainsi concernés :

  • Les commerces non alimentaires des zones touristiques internationales ;
  • Les entreprises du tourisme de savoir-faire détenant certains labels ;
  • Les bouquinistes des quais de Paris ;
  • Les entreprises de fabrication de matériels scéniques, audiovisuels et évènementiels ;
  • Les prestataires de services spécialisés dans l’aménagement et l’agencement des stands ;
  • Les graphistes travaillant dans l’événementiel.

Ces entreprises pourront bénéficier du fonds de solidarité, de la prise en charge à 100% de l’activité partielle jusqu’à la fin de l’année 2020 et des exonérations de charges sur la période de février à mai 2020.

Bon à savoir

95 %2 des entreprises de la filière Tourisme ont eu recours au chômage partiel durant la crise sanitaire.

En cas d’annulation, un remboursement intégral... mais pas automatique

Une ordonnance publiée le 25 mars dernier par le Ministère de l’économie et des finances, stipule que pour toute annulation effectuée entre le 1er mars et le 15 septembre 2020, les hôteliers, les gestionnaires de locations saisonnières ou encore les campings pourront proposer à leurs clients un bon d’achat pour une nouvelle prestation – identique ou équivalente – valable 18 mois à compter de son émission. S’il ne devait pas être utilisé à l’issue de cette période, les professionnels devront alors procéder au remboursement de l’intégralité des paiements effectués au titre du contrat annulé.

Le plafond journalier des tickets restaurants augmenté

Depuis le 12 juin et jusqu’à la fin de l’année 2020, le plafond de paiement en tickets-restaurant s’établit à 38 € (contre 19 € habituellement) et leur utilisation est exceptionnellement autorisée les week-ends et jours fériés. Une mesure rendue possible par un décret publié le 11 juin au Journal officiel et destinée à « encourager l'utilisation des titres-restaurant dans les restaurants et hôtels-restaurants, et ainsi de répondre aux difficultés économiques de ces établissements résultant de leur fermeture durant l'état d'urgence sanitaire » peut-on lire en introduction dudit décret.

Baisse de la taxe de séjour et allègement de la CFE

Les intercommunalités et les communes peuvent exonérer les entreprises du secteur touristique de la taxe de séjour quand elles y sont soumises. Elles peuvent également réduire des deux tiers la cotisation foncière des entreprises (CFE), une exonération qui sera financée pour moitié par l'État.

Annulation des loyers d'occupation du domaine public pour les TPE et les PME

Les loyers et redevances d’occupation du domaine public dus aux bailleurs nationaux (État et opérateurs) ont été annulés pour les TPE et PME du secteur HCR (Hôtel, Café, Restaurant) pour la période de fermeture administrative.

Le chômage partiel reste d’actualité

Les règles de l’activité partielle en vigueur vont être maintenues jusqu’au mois de septembre pour les entreprises de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme. « Au-delà, le chômage partiel restera ouvert si les activités reprennent trop lentement, dans des conditions qui seront le cas échéant revues », a expliqué Édouard Philippe, alors Premier Ministre, le 14 mai dernier.

Pour les autres secteurs d’activité, les heures chômées au titre de l’activité partielle sont prises en charge à 85 % depuis le 1er juin.

Le Fonds de solidarité prolongé et élargi

En plus de rester ouvert jusqu’à la fin de l’année 2020, le Fonds de solidarité a été élargi le 9 octobre aux entreprises employant jusqu’à 50 salariés (contre 20 auparavant), et ce sans condition de chiffre d’affaires.

Le montant du fonds prend désormais en charge une perte de chiffre d’affaires allant jusqu’à 10 000 euros par mois (pour les sociétés justifiant d’une perte de chiffre d’affaires supérieure à 70% - contre 80% jusqu’alors -, l’aide pourra s’élever jusqu’à 10 000 euros, dans la limite de 60% du chiffre d’affaires).

Nouveau prêt garanti par l’État à destination des entreprises du secteur du tourisme

Depuis le 5 août, le prêt garanti État saison (PGES) destiné aux entreprises du secteur du tourisme est disponible auprès des réseaux bancaires. Sa spécificité : il est basé sur la saisonnalité.

Concrètement, il n’est pas plafonné à 25 % du chiffre d'affaires d’une entreprise mais pourra atteindre ses trois meilleurs mois de l'année 2019. Il peut être sollicité jusqu'au 30 juin 2021. Enfin, Notez par ailleurs que l’enveloppe des Prêts Tourisme accordés par Bpifrance est passé de 250 M€ à 1 Md€.

Bon à savoir

Au 1er juillet, plus de 110 milliards d’euros3 déjà accordé en prêts garantis par l’État (PGE) à plus de 648 000 entreprises3.

Report des mensualités bancaires

L'État a demandé aux banques de « proposer aux PME du secteur du tourisme un report des mensualités de tout leur prêt sur 12 mois » plutôt que sur 6 mois, comme le prévoyait le dispositif jusqu’alors.

Les banques pourront accorder un report des échéances de crédit allant jusqu’à 12 mois (au lieu de 6 mois actuellement) aux petites et moyennes entreprises du secteur .

Allègement de cotisations sociales

Les TPE et PME (jusqu’à 249 salariés) de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme ont été exonérées de leurs charges sociales dues entre mars et juin. A l'adresse des autres entreprises, il a été proposé la possibilité d'obtenir « des étalements longs » des charges sociales et fiscales reportées et, au cas par cas, de solliciter des annulations de dette en fonction de leur situation financière.

Enfin, il est à noter qu’un crédit de cotisation de 20 % des salaires versés depuis février sera accordé aux entreprises pour accompagner la reprise d'activité.

Plan d’investissement

Un plan d'investissement de 1,3 Md€ a été mis en place par la Caisse des dépôts et Bpifrance. S’y sont ajoutés des fonds privés, ce qui a permis d’attribuer au secteur du tourisme des financements avoisinant les 7 Md€. 

Les collectivités territoriales mobilisées

Plusieurs départements ont pris différentes mesures pour soutenir le secteur du tourisme.

Dans le Loiret par exemple, une enveloppe de 3 M€ a été votée afin de mener différentes actions comme l’achat massif de « box séjour » incluant des entrées de sites, des nuitées ou encore des repas à destination des salariés du privé au contact direct avec le public durant la pandémie.

De son côté, le Département de l’Ain a consacré 5,7 millions d’euros (allègement des charges, soutien financier à la reprise et renforcement de la communication) pour accompagner les acteurs locaux du secteur touristique.

Autre initiative, les « Chéquiers vacances ». Lancée par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, elle a permis d’offrir des chèques vacances d’un montant de 500 euros aux salariés du secteur privé domiciliés dans la région et qui ont travaillé au contact direct avec le public pendant la pandémie4.

Dernier exemple, l’opération « Le repos des héros ». Initiée par le Département des Pyrénées-Atlantiques, elle a permis aux soignants ayant été en première ligne lors de la pandémie de se voir offrir 400 « bons vacances » d’une valeur de 500 euros utilisables dans la région.

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1) Source : https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Dossiers/Tourisme-un-secteur-innovant-qui-doit-se-reinventer
2) Source : https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Actualites/Plan-Relance-Tourisme-un-guichet-unique-pour-les-entreprises-du-secteur-49518
3) Source : https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Actualites/Plan-Relance-Tourisme-un-guichet-unique-pour-les-entreprises-du-secteur-49518
4) Sous conditions de revenus.